Rose Pastel

Colis, livreur et petit pois.

Trop de boulot pour écrire aujourd’hui, alors j’écris ce soir.

Ce matin, je me suis sentie comme l’héroïne dans "Le Diable s’habille en Prada" (quand elle galérait au début). Si vous ne l’avez toujours pas vu, je vous le conseille, c’est un bon film. Pas un chef d’œuvre pour moi, mais c’est toujours un bon moment de passé plutôt que de regarder bêtement le foot. Je sais que je ne devrais pas dire ça, car c’est pas le bon moment, et qu’il y a trop de gens qui aiment le foot, mais allez vous faire foutre car je dis ce que je veux ici.

Bref, j’ai été chargée d’une mission spéciale ce matin. Un truc que je n’avais encore jamais fait au boulot. Mais je vous mets dans le contexte d’abord.
Le colis, c’était pour ce matin. Il est arrivé en retard, comme prévu. Comme je l’ai dit, je suis restée très détachée pour ne pas prendre tout personnellement et donc me ruiner la journée. Après tout, si le colis est en retard ou n’arrive pas, ce n’est pas du tout de ma faute. Ça m’a fait du bien de ne pas m’énerver pour rien :)
Notre Supérieure était à l’heure. Elle voulait être là pour le premier jour des essayages des tenues des élèves Pros (tsé, blouses blanches, sabots, habits de cuisine ou d’infirmière ou autre), pour voir de quoi il en retournait, pour que tout roule l’année prochaine, je l’espère pour elle et pour les futur-es correspondant-es d’établissement, dont je ferai peut-être partie si je suis assez folle pour retenter l’expérience.

Et comme tout le monde se doutait que le colis allait arriver en retard, notre Sup’ nous sort que ça serait bien qu’il y ait des croissants et des petits pains (chocolatines pour les sudistes, mais je ne vais pas relancer le débat, surtout avec ce que j’ai dit sur le foot plus haut. Je ne veux pas risquer ma vie, là, quand même.). Ainsi, on ferait patienter les parents et les élèves qui avaient été appelé au préalable pour qu’ils viennent à l’essayage. Encore une fois, c’pas moi qui ai fixé la date des rendez-vous, donc les gens qui attendent, j’ai rien à leur dire. Même si j’ai quand même bavardé - je me suis plains - de tout ce que je suis en train d’écrire présentement.

Et donc, c’est ki ki est allé chercher ces fameuses viennoiseries ?
Bah oui, c’est bibi ! Après, franchement, ça ne m’a absolument pas dérangé. J’étais contente de partir en balade acheter de la bonne bouffe pendant qu’elles se chargeaient des élèves qui rendaient leurs manuels et des gens qui attendaient l’essayage dans la joie et la bonne humeur d’un lundi matin, tôt, sans colis. Bon, au passage, Mademoiselle la Sup’ voulait son sandwich et son Coca. À la boulangerie, j’ai donc pris la formule Sandwich+boisson+dessert gratuit au choix. Comme je voulais 7 croissants et 3 petits pains, au lieu de me faire passer 1 petit pain en dessert gratos pour la formule, la boulangère m’en a fait passé 2 ! ! :D Elle a du être contente d’avoir une grosse commande dès le matin ^^ Pour patienter, le boulanger m’expliquait que le sandwich Poulet-Gruyère que je voulais, en fait, il aurait dû s’appeler le Poulet-Emmental. Ouais, parce que le Gruyère c’est Suisse (un fromage sans trou) et l’emmental, c’est Français (celui avec les trous). Ouais parce que lui, il a travaillé en Suisse, et qu’on dit gruyère là-bas, et tout… Fin bref, la machine à taper les commandes marchait pas. La mise à jour du logiciel s’était bloqué sur 30%. J’ai proposé, en jeune qui utilise ordi-tablette-smartphone qu’il faudrait peut-être redémarrer. Ils l’ont pas fait. Ou ils l’ont fait quand je suis partie. Mais j’ai quand même pu payer par carte. Ma Sup’ m’avait confié sa carte bancaire !! ! Avec écrit PREMIUM dessus, ou un truc du genre !! ! Et elle m’avait filé son CODE BANCAIRE !!! ! O_O j’étais choquée ! Elle me l’avait écrit au stylo sur la main - "Te lave pas les mains. Haha." de Domi - pour finalement payer sans contact ^^

— Fin de ma mission spéciale —

En fait, notre Sup’, c’est comme une copine. Elle nous parle de ses histoires de cœur, de son chien… et elle nous confie sa carte bancaire, à l’aise, comme ça. Aujourd’hui, elle nous a dit qu’en fait, elle bosse même pas à plein temps en CDI pour la Région. Elle a fait comme nous : elle a postulé comme Correspondante Locale cette année sur le site de la Région. Elle a l’air tellement à l’aise dans ce qu’elle fait qu’on dirait qu’elle le fait depuis toujours ! En fait, elle postule juste tous les ans pour faire le même truc parce qu’elle aime bien, en attendant de pouvoir bosser à l’étranger. C’est son rêve.

Je suis revenue dans la salle les bras chargés de la douce odeur de viennoiseries fraîchement préparées ce matin. Ma Sup’ arrivait pas à joindre l’accueil du lycée, car la femme de l’accueil a carrément 3 lignes pour elle toute seule, et que les inscriptions de l’école débutaient aujourd’hui ! Elle était débordée. Du coup, ma Sup’ a appelé le livreur pour savoir où il en était. Il était bien arrivé en ville, mais notre colis était tout au fond du camion. Il devait faire dans l’ordre, sinon il perdrait trop de temps. Elle lui a alors proposé un point de rendez-vous pour qu’elle récupère le colis pour aller plus vite. Il a refusé car il aurait perdu trop de temps. Et puis, si tout le monde lui fait le coup et qu’il doive attendre après eux, il a perdu sa journée. Elle faisait patienter les gens comme elle pouvait, puis à un moment donné, elle était au téléphone puis elle est partie pour aller à l’accueil ou dans les bureaux. Elle avait dit aux parents qui attendaient que le colis était arrivé et qu’elle allait le chercher. Quand j’ai su ça, je me suis dit qu’elle essayait de gagner du temps. Et bah en fait, elle était bien remontée à l’accueil, mais elle attendait le livreur en bas de la route. Quand il s’est pointé, elle est carrément montée dans son camion pour aller chercher le colis ! Je pense qu’au final il lui a repris des mains parce qu’il devait peser, parce que quand ils sont venus dans la salle, c’est lui qui le portait. Mais, tellement motivée la meuf qu’elle aurait accepté de faire le boulot du mec !

Quand j’ai vu le colis arriver, j’ai aidé la Sup’ à déballer, parce que les parents commençaient déjà à s’arracher les produits comme si c’était les soldes xD On n’avait là que les échantillons, donc 1 fringue de chaque taille. Les élèves essayent, on note la taille qui leur va, et ils nous les rendent. La Sup’ commandera les tenues à leur taille et ils prendront les fringues à la rentrée. On a tout bien disposé sur une table, effet comptoir. Il m’a fallu quelques passages pour comprendre comment présenter les choses aux gens. Quand ils viennent, on prend le nom, on leur conseille d’essayer une taille en regardant vite fait l’élève. Ils essayent une blouse blanche, un haut et un bas bleu entre la Taille 0 (34-36) et la Taille 5 (40 et +). Pour ça, ils vont dans une salle dédiée à l’essayage qu’on a choisi le matin même à l’arrache parce qu’on avait les clefs. Heureusement, on avait tout plein de salles disponibles dans notre bâtiment, contrairement à d’autres lycées où ceux qui font le même job que nous sont dans une mini salle, coincés entre 4 piles de livres. Quand certaines se croyaient dans une cabine d’essayage de magasin, il a fallu aller les pousser parce que les 10 personnes derrière s’impatientaient.

Domi faisait les restit’ et la Sup’… bossait de temps en temps, quand elle le voulait. Plus de la moitié de la classe est passée en essayage aujourd’hui. Il y en aura sûrement demain. J’ai dû aller à la vie scolaire pour prendre les N° de tel des absents pour les appeler demain et fixer une date. Au passage, je suis allée dans les bureaux de la direction pour demander des documents que la Sup’ nous a demandé. Et quand elle m’a expliqué ce qu’elle voulait… Là… Ça m’a fait bien chier.

Vous savez, cette histoire de doublons… Eh oui ! Ces fameux doublons ! Encore eux !
Notre Sup’ non plus ne les aime pas, hein. Elle les évite, même. Mais la pauvre, ils sont pourtant bien là.
Elle nous a dit - et je n’étais pas sous l’emprise de la drogue, le soleil ne m’a pas fracassé le crâne, et je ne sombrais pas dans la folie due à la déshydratation - qu’il va falloir qu’on lui envoie tous les noms des élèves qui ont des doublons (il y en a trop), pas sous format papier (ce qu’on a) mais sous format informatique (ce qu’on n’a absolument pas). Du coup, il fallait qu’on demande à la secrétaire qu’elle nous envoie les listes de toutes les classes sous format Excel ou Word. Elle était pas dans son bureau. Madame PetitPois (un faux nom, hein), la sournoise, est venue pour savoir ce que je foutais là. Je lui ai dit qu’il me fallait toutes les classes… Excel… blabla… par mail. Et elle ! Elle m’a sourit, d’un sourire qui veut dire "Haha, je peux rien pour toi, ma vieille. Chacun ses problèmes, démerde-toi !" Qu’est-ce qu’elle m’énerve, elle ! Alors, je me trompe peut-être, mais je la sens pas.

Déjà, de la manière dont elle nous a accueilli lors de notre première journée, je savais que c’était pas gagné avec elle. Apparemment, c’était à elle de nous montrer notre salle. Quand on a réussi à la choper dans les couloirs de la direction, elle partait en réunion et elle était énervée qu’on arrive comme un cheveu sur la soupe pour sa réunion, et qu’elle pouvait rien pour nous. Du coup, on a été voir qqn d’autre, et on est tombé sur une femme adorable ! Elle nous a conduit à notre salle, puis notre Sup’ est arrivée, et enfin, la PetitPois avait fini sa réunion et nous a rejoint. J’avais même pas eu l’impression de l’avoir entendu dire bonjour à notre Sup’, déjà. Elle est arrivée, et elle lui a demandé quasi de but en blanc pourquoi elle n’avait pas répondu à son message, car elle attendait une confirmation pour notre venue, et que comme la Sup’ avait pas répondu, elle se disait que c’était repoussé et n’avait rien prévu. Très cordialement, très pro, notre Sup’ a bien expliqué calmement qu’elle avait en fait oublié son portable pro dans un des lycées dans lesquels elle vadrouille pour les restit’ des livres. Ça lui a cloué le bec, à la grosse Graine !
Depuis, je fais tout pour pas la croiser, celle-là.

Je voulais aussi parler de ma Sup’ et du livreur. Il a déposé le colis et il est parti. La Sup’ nous a dit plus tard : Vous avez vu le livreur ? Il était trop mignon !
En fait, ce n’était pas le livreur que je regardais, moi. C’était surtout le colis qu’il tenait et qu’on attendait de pied ferme ! Bref, elle l’a trouvé canon, dans son t-shirt rouge pétant, avec son petit cul moulé dans son Jean et des muscles saillants qui ressortaient parce qu’il portait le paquet… Oui, en fait, je l’ai vu aussi. Mais pas son visage, juste son corps. Et quand on voit un corps bien fait, on a du mal à s’imaginer un visage moche. Je pense avoir aperçu la forme de son visage, car je l’ai pas vu de face. J’ai vu son profil de ¾ par derrière. Je sais pas si vous comprenez, mais bref. Je ne l’ai vu qu’une seconde. Qu’un quart de seconde. Qu’une micro seconde. Et pourtant, je me souviens de ses vêtements. Dingue !
Elle a posé 3 fois cette même question dans la journée, et comme je m’en doutais, elle l’a branché. Elle lui a envoyé un texto du style : "Merci pour le colis. Dommage que vous soyez pas resté plus longtemps…" On sent la perche tendue. Et je suppose qu’elle aussi, a dû mettre les trois petits points qui veulent tout dire. Ils se sont échangé des textos - pendant que NOUS on bossait xD - où il lui a proposé de venir chez lui dans sa piscine, qu’elle pouvait pas à cause de son chien (qui fait la taille d’une moto… je vous jure, je l’ai vu car elle s’est ramenée au lycée avec à cause d’un RDV véto.), alors il voulait s’inviter chez elle, mais avant, invitation dans un bar de la ville le soir-même.
J’étais un peu contente pour elle. Elle a quarante ans et je pense qu’elle a subi une rupture difficile où elle voulait pu personne pendant un moment, et où ses copines lui ont dit au bout d’un moment de se remettre en selle. Ce qu’elle fait. Mais alors, plein pot ! Parce que la semaine dernière, elle flashait sur un pion ! J’aurais du mal à faire comme elle ! Elle est sûre d’elle et tout. Moi, face à un canon, j’aurai trop peur de lui adresser la parole ! Les sms ont dû aider, je suppose. C’est plus facile à distance qu’en face.

colis