Rose Pastel

Dernière semaine.

Hier, Domi s’est rendue compte qu’il ne nous restait plus que cette dernière semaine de travail. On finit le vendredi 13 (bouh !). Comme elle s’est rendue compte de ça, elle a décidé qu’on devrait attribuer des livres de la réserve à des élèves qui n’ont pas tout rendu. La réserve, c’est des livres qui sont à personne que des élèves nous ont ramené en disant "je l’ai en double, je sais pas à qui c’est". On a donc cherché dans les listes de classe, des élèves qui n’avaient pas rendu 1 ou 2 livres, et on les leur a attribué dans notre logiciel. Sinon, le logiciel nous dira qu’il les manque, alors qu’on en avait de côté.
Moi, j’aurai préféré qu’on les attribue en priorité aux absents. Ceux qui ne sont pas venus du tout. Parce qu’il se peut qu’ils soient déjà partis en vacances et qu’on ne les revoit jamais. Tandis que là, elle a préféré les donner à des gens susceptibles de revenir pour rendre leur livre manquant. Bah, en fait il s’est passé exactement ça. Les élèves ramenaient leur livre manquant, et moi, sur l’ordi, je voyais qu’il était déjà coché, et je devais faire semblant de le scanner et de dire "C’est bon, il y a tout." Alors qu’il y avait déjà tout. Et donc, ce livre retourne à la réserve !

Il nous faudra compter tous les livres jeudi et vendredi. Sauf qu’il y aura des élèves qui restitueront jusqu’au dernier jour, à tous les coups. Notre Sup' qui nous dit au tel qu’on aura personne vendredi. Mon œil ! Même si ça serait génial et que ça nous éviterait de devoir écrire des +1 dans nos comptes préalablement comptés.

Et là, je viens d’avoir un petit con qui rend un livre à la place d’un autre et qui me dit "mais j’ai bien rendu les 7 livres, donc c’est bon." Je lui ai répondu "non, il manque espagnol". Et il continue à me sortir ça. Bah je sais que je le verrai jamais, son livre d’espagnol. Au moment de demander un numéro de tel, ce pti con me sort qu’il a pas son téléphone sur lui et qu’il connait pas son numéro ou celui de ses parents. A côté, ses deux copains qui se marrent, et moi qui prie pour que je ne sois pas en train de rougir. Ils m’ont trop énervé ! Mais c’est ma dernière semaine, et j’ai réussi à ne pas trop m’énerver sur les problèmes récurrents de ce job.

Tout à l’heure, on disait avec Domi qu’on devrait avoir des notes des correspondants d’établissement de l’année dernière. Parce que nous on envoie bien des mails et on note bien ce qui ne va pas. On a des questions à poser, comme chaque bon correspondant qui soit. Sauf que notre Sup', c’est la 1ere année qu’elle est sur ce lycée. Est-ce qu’elle aurait récupéré des commentaires ou des notes des anciens ? Pour résoudre les problèmes, pour éviter sans cesse de les répéter chaque année ? Bah non. Nous, ça sera pareil. J’ai bien envie de lister les problèmes pour qu’enfin ils soient résolus, mais est-ce que la Sup' va faire suivre ? A voir.
Au niveau du logiciel, je suis persuadée qu’à la rentrée, on ne pourra pas distribuer certains livres parce qu’en ce moment-même, leur scan n’est pas reconnu. Notre Sup' nous a appelé, on verra ça demain parce qu’elle vient. Ouais, on verra bien, ouais. Elle dira juste qu’elle sait pas, puisque c’est sa première année sur ce lycée. Mais pourtant, on ne doit pas être les seules à faire face à ce problème ! On fait comment, alors ? Est-ce qu’elle aurait l’idée de poser ses questions aux informaticiens ? J’en doute.
Moi, si à la rentrée je peux pas entrer des livres sur ce foutu logiciel, je vais péter un câble. Et je le vois arriver gros comme une maison. Ça ne me donne même pas envie de faire la distribution à la rentrée. J’espère que je vais trouver un autre job à la place. Je vais finalement faire comme tout le monde fait. Je vais fuir sans rien dire, sans donner aucun conseil aux suivants. Puisque personne ne le fait, pourquoi pas moi ? L’année prochaine, ce n’est plus moi qui râlerait. Ça me donne encore plus envie de chercher un vrai métier.

Sinon, parlant métier, j’ai envie de me donner une énième chance. Moi qui disait que l’infographie n’est pas pour moi, même en ayant déjà un bagage grâce à mon Master, je veux croire en ma chance. J’ai toujours peur de ne pas être à la hauteur car je sais qu’il y en a tellement de meilleurs que moi. Je me suis convaincue (pour combien de temps ?) de continuer mes projets graphiques à poster sur Behance. Même si j’ai pas fait BTS communication, j’ai un Master, et des projets dans mon portfolio. Je ne suis pas la plus nulle. Même si je considère que ma fac était pourrie et que j’aurai pu apprendre plus et mieux ailleurs, j’ai quand même appris des choses. Il faut que je trouve le courage de me perfectionner seule. Que je me coach seule. Que je fasse partie de forums pour poser mes questions. Que je n’arrête pas de créer. Que je tente des concours qu’Adobe ou autres proposent. Que j’investisse aussi, dans des livres, dans des abonnements de tutoriels ou que sais-je encore. J’ai toujours été économe, mais je ne veux pas être radine sur mes moyens et me plaindre ensuite que je ne suis prise nulle part et que je galère à me faire une place.

Pareil, pour mes rapports de stage… Sur internet, des étudiants graphistes sont super fiers de les montrer. Et moi ? Le design était tout simple, même pas imprimé dos carré collé. J’avais imprimé presque au dernier moment, à spirales en plastoc, un dos carton et une feuille plastifiée pour protéger la 1ere de couv' qui n’était imprimée que sur du papier standard, même pas plus épais ni rien. Je ne suis pas fière du design de mes rapports de stage, et je ne suis même pas fière de mes stages non plus. A cause de ma peur, je n’ai même pas postulé dans de grandes agences. Peur de ne pas réussir, peur de partir trop loin.

Après, je sais aussi que je me sous-estime. Presque tout le monde me dit ça, donc ça doit être vrai. Mais je suis réaliste. Je ne suis pas une grande graphiste. J’ai peur des gros projets, de ne pas être à la hauteur, de mal faire, de rater mon projet. Et c’est grave, parce que c’est à l’identité d’une entreprise que je touche. Imaginez que vous lanciez votre propre affaire et que vous me demandiez de vous créer un logo, des flyers, un site internet et tout le tintouin. Bah, si ça ne marque pas les gens, ça ne marchera pas. Vous aurez beau avoir une super micro-entreprise, faire un boulot parfait, si la com' ne marche pas, c’est foutu. Sauf si c’est un projet super novateur, genre un téléporteur. Mais dans ce cas, vous auriez décroché un prêt conséquent pour payer un bon graphiste, réussir la com' et être milliardaire.

Je pense que j’ai peur d’être vue comme un grand enfant qui dessine et qui est payée pour ça. Si jamais quelqu’un me fait ce reproche, je sais que je n’arriverais pas à lui clouer le bec. J’ai vu tellement de témoignages/commentaires sur des graphistes qui publient leurs blagues du jour. Leurs amis leur ont demandé de leur créer un truc gratuitement, alors qu’il y a passé un temps fou ! Pour réponse, leurs amis leur disent : "mais attend, tu t’es éclaté, à faire ça ! C’est ta passion, le dessin ! Pourquoi je paierais pour ça ?" Parce que tout travail mérite salaire.
Un peu comme l’histoire d’un grand artiste (je sais plus lequel) qui dessine dans la rue et qui se fait aborder par une femme qui veut absolument un portrait d’elle. Picasso croque alors son portrait, lui tend la feuille et dit son prix. La femme, outrée, lui dit : "vous demandez autant pour un dessin qui vous a pris 10 minutes ?" Et l’artiste lui répond : "Non, je demande autant pour toutes les années passées à me perfectionner pour arriver à ce portrait."
J’ai lu cette histoire sur internet, et elle est mieux écrite. Là j’ai fait de tête.

Et puis, il n’y a pas que les heures de création qui comptent. Je pense aux graphistes freelance (indépendants) qui ont créé leur micro entreprise et qui chiffrent leurs commandes en heures. Il y a aussi le temps de recherches. On fait des recherches sans arrêt, pour savoir les tendances actuelles. Avant, c’était le vintage, maintenant… je sais pas, c’est plus moderne. Même si dernièrement, le vintage revient à la mode, même au niveau du textile. On cherche aussi de l’inspiration au travers d’images, de musiques, d’œuvres d’art, etc. On va voir chez les concurrents. Si on ne le fait pas, on va tous faire la même chose et tous nos travaux seront impersonnels. Les patrons de fastfood vont tous se retrouver avec un logo représentant un gros M Jaune sur fond rouge.

Mieux que tout le reste, ce que j’aime bien concernant le graphisme, c’est la signification des signes. Des symboles. Pour un linguiste, ça revient à dire qu’il adore l’étymologie. C’est le sens premier. Genre, un rond, pourquoi ça marche mieux dans mon projet qu’un carré ? Le rond, c’est le globe, c’est la planète, la Terre, le soleil ou la lune. C’est un cercle. C’est une sphère. C’est un ballon d’enfant. S’il est orange, c’est un ballon de basket. S’il est ovale et orange, c’est un ballon de rugby… Ce sont ces significations primaires qui m’attirent. Ce sont des bases à savoir. Et il y a encore tant de choses que je ne sais pas.
Je me demande parfois pourquoi tel logo marche mieux qu’un autre. C’est parce que ce qui le compose a été finement pensé. La forme, la couleur, la texture ajoutée, le(s) sens qu’il évoque.

Regardez par exemple le logo de la NBC. On voit un éventail coloré. Mais si on regarde bien, il y a un petit trou sur une des formes. Et si on regarde mieux, on comprend que cet espace vide, c’est la tête d’un paon, et que l’éventail coloré, c’est les plumes de sa queue. CA ! J’adore ! C’est ce qu’on attend de nous. C’est l’innovation ! Utiliser l’espace négatif, j’adore. On dirait un message caché, un message subliminal. Les gens qui ont l’œil, qui sont attentifs aux détails, méritent de voir le paon.

Si vous avez aimé découvrir ce petit secret, il y a beaucoup d’autres logos comme ça. Tapez "logo message caché".