Rose Pastel

Une jolie petite histoire

Dans la période du Moyen-Âge, les hommes revenant de guerre ne se comptaient que par dizaine, entraînant une sous-population du Royaume. Les paysans connaissaient la famine et les maladies. Les récoltes, dont s’occupaient tant bien que mal les femmes et les personnes âgées, diminuaient par manque de personnel. Lorsque le peuple riche ne mangea plus à sa faim, le Roi décida de relancer la croissance démographique. Les femmes riches connurent leur vague de grossesses, contentes de produire une descendance de la Haute.

Mais la population n’était toujours pas assez élevée, alors le Roi envoya chercher les plus belles et jeunes paysannes aptes à procréer, les fit laver, leur fit porter de belles robes et du maquillage, leur assigna une chambre dans son immense château, et les proposa aux hommes riches. Ces femmes de ferme étaient traitées comme des femmes de noblesse en apparence pour ne pas rebuter les mâles riches. Elles avaient été arrachées à leur ancienne vie de famille, emprisonnées contre leur gré dans un palais doré, et engrossées comme des bêtes.
Un millier de paysannes occupa alors la majorité du château, offertes à la trentaine d’hommes riches disponibles qui se glissaient dans les chambres selon leurs envies, ainsi que quelques gardes censés empêcher les jeunes femmes de s’enfuir. Les bébés qui naissaient étaient arrachés à leur mères pour que les nurses s’en occupent. Il n’était pas question de renvoyer les bébés et les femmes dans leur taudis parmi les malades. Si bien que les enfants bâtards se confondaient avec les enfants nobles, et les femmes ne pouvaient retourner chez elle qu’après l’âge limite de conception ou qu’avec remplacement par une plus jeune.
Le temps passait et le Roi put repérer les femmes non fertiles pour les renvoyer chez elles et faire de nouvelles sélections chaque année. La Reine put le conseiller quant au moment le plus fécond chez la femme : la période d’ovulation d’une durée de 5 jours environ. Comme chaque femme était réglée différemment, la médecine créa une pilule quotidienne permettant de faire coïncider leur période d’ovulation. Ainsi, un groupe de 30 femmes sur mille, dans leur période la plus féconde, était présenté aux 30 hommes nobles. La pilule était prise en décalage selon les groupes pour que, lorsque l’ovulation d’un groupe dépassait les 5 jours, l’ovulation d’un second groupe débutait.

Dans le Château, les campagnardes ne côtoyaient jamais les riches, femmes comme hommes, en dehors de la procréation. Elles ne mangeaient pas dans le Grand Salon, n’avaient pas accès aux mêmes endroits pour se promener dans les jardins royaux, et ne dormaient pas dans les mêmes dortoirs.
Or, le Roi, fier de cette invention médicinale, voulu fêter cette nouvelle ère en faisant la fête et en unissant les riches et les génitrices pauvres. Ainsi, l’on se réunissait dans la salle de bal. Le Roi et la Reine sur leur trône, les femmes nobles dans le public, les hommes nobles alignés face à la rangée de paysannes mises en pâture aux mâles. Les règles étaient simples : une fois sur deux, les hommes choisissaient leur belle. L’autre fois, c’était aux femmes pauvres de choisir leur partenaire.
Quelques femmes nobles étaient nommées pour servir d’arbitre. On les appelait les "Opteuses", venant du verbe opter. Elles surveillaient les choix pour qu’aucun couple ne se retrouve plus d’une fois dans les 5 jours. Peut-être avait-on peur d’une histoire d’amour, ou bien d’un harcèlement.
Le Roi commençait la cérémonie par quelques mots, et finissait toujours par sa phrase mythique : "Choisissez votre partenaire." Les candidats s’avançaient alors vers la personne du sexe opposé de leur choix. Au début, plusieurs femmes des champs ne voulaient pas choisir. Les Opteuses devaient alors choisir pour elles et les amener vers un homme impatient. Avec le temps, les femelles primitives comprenaient que ne pas se présenter face à un homme rendait leur tâche plus difficile. C’était leur punition pour ne pas avoir obéi au Roi, et un affrontement à l’égo de l’homme non choisi, qui leur donnait pourtant le privilège de se proposer à elles. Lorsque plusieurs personnes avaient choisi une même conquête, les Opteuses intervenaient une nouvelle fois pour les redistribuer.
Puis, les gardes masculins guidaient chaque couple dans une chambre pour y faire leur affaire. Ils pouvaient y rester le temps qu’ils voulaient, partir manger, faire leur toilette dans la salle d’eau ou partir en promenade surveillée. Qu’importe l’endroit, l’originalité était présente.
Le deuxième jour, la cérémonie se répétait. Les Opteuses, qui avaient acquis une excellente mémoire, se jouaient d’un malin plaisir à casser les couples qui tentaient de se retrouver. Car, malgré leurs conditions, beaucoup de paysannes s’étaient plu de leur nouvelle situation. Elles jouissaient en effet de beaux appartements royaux, de belles robes, d’une hygiène irréprochable, et plus tard, de magnifiques bijoux dont les nobles ne voulaient plus, ceci pour ne pas rebuter les hommes riches qui ne se voyaient pas côtoyer des femmes laides et crasseuses. Elles étaient tombées amoureuses de leur nouvelle vie, et parfois même d’un homme avec qui elles passaient de bons moments.
Il était devenu difficile de tromper les Opteuses, même en laissant passer quelques jours pour ne pas attirer les soupçons. L’on s’occupait alors de décaler leur pilule aux impétueuses sauvageonnes. La garde surveillait d’encore plus près les amoureux ou les pervers, sachant que les femmes hors période d’ovulation avaient l’interdiction de fréquenter des hommes. Car faire l’amour pour le plaisir était interdit. Sauf, évidemment, pour les nobles.

Le premier jour d’une nouvelle année, la Reine mourut. Au même moment, une nouvelle vague de paysannes arrivèrent au château. Parmi elles, une jeune femme de 19 ans, qui était sans conteste la plus belle de toutes. Ses yeux verts pomme hypnotisaient les regards qu’elle croisait. Sa chevelure dorée illuminait la pièce dans laquelle elle entrait, avec d’interminables boucles blondes rebondissant sur son corps à chacun de ses pas délicats. La courbe de son corps était encore indéterminée, du à son jeune âge, mais l’on savait que dans quelques années, elle ressemblerait à une déesse. Ses petits seins pointus n’avaient pas encore fini leur croissance. Ses hanches n’étaient pas encore assez larges pour la considérer comme une bonne porteuse, mais sa silhouette excitait plus qu’il ne fallait les hommes en rut.

Avant son entrée au château, Ruby avait entendu maintes histoires, toutes plus folles les unes que les autres, depuis que les premières femmes furent enlevées à leurs foyers. L’on connaissait la nouvelle loi officielle qui consistait à emprunter des femmes pour relancer la démographie. Mais personne ne savait ce qu’il se passait réellement derrière les murs impériaux, et inventaient des légendes. Les histoires les plus effrayantes racontaient qu’elles subissaient des viols répétés, ou qu’on leur retirait des morceaux du corps pour fabriquer des nouveaux nés. Les histoires les plus féeriques évoquaient des mariages grandioses avec le mari de leur choix, d’où découleraient une famille heureuse comprenant des dizaines d’enfants, ou bien des voyages lointains d’où les femmes ramèneraient des hommes et des enfants étrangers.

Au début, lorsque les premières femmes non fécondes furent rendues à leur ancienne vie, elles étaient soulagées de quitter ce Château infernal. Et puis, lors de l’apparition de la pilule et des fêtes, les revenantes étaient moins perturbées. Certaines auraient même voulu y rester. Déprimées de revenir à leur labeur de petit peuple, elles ne voulaient pas travailler. Celles qui retrouvaient leur ancien mari ne souhaitaient plus du tout procréer avec eux. Ou, au contraire,d’autres ne pouvaient plus se passer de leur traumatisme sexuel, remerciant le Seigneur d’avoir toujours des hommes à portée de corps. Ruby comprit que les femmes de ferme étaient de plus en plus respectées par les nobles. Elle savait que son tour allait bientôt arriver. Elle s’y préparait.

Dès que Ruby entra dans la forteresse royale, elle fut escortée dans une chambre comprenant 9 femmes qu’elle ne connaissait pas. Certaines étaient là depuis le début de la réforme, et frôlaient leurs 30 ans. Les plus jeunes avaient la vingtaine. C’étaient elles les plus bavardes et souriantes, folles de joie de recevoir une nouvelle amie. Elles ont expliqué à Ruby le système de la pilule et de la fête, bien que Ruby soit déjà au courant de tout. Elles partageaient chacune de leurs aventures avec les hommes nobles, n’oubliant pas les détails excentriques. Bien-sûr, elles pouvaient parfois tomber sur un gars bizarre, mais en général, tout se passait bien. Seules les deux plus âgées étaient plus réservées et moins heureuses. Ruby les comprenait à travers leurs cicatrices qu’elle a pu entrevoir durant l’heure du bain.
Ruby écoutait avec attention. Elle examinait les lieux en se promenant dans chaque recoin du Château, dans les couloirs et les jardins, à la limite des frontières entre le peuple pauvre et le peuple riche. Parfois, dehors en contrebas, elle pouvait apercevoir, à travers les lourds rideaux de la Tour, un partie d’appartement noble. Un jour, elle y aperçut un homme. Dès qu’il la vit, l’homme de la Tour ne la quitta plus des yeux. Ruby dû se détourner pour mettre fin à cette communication insistante qui durait trop longtemps à son goût. Mais son effet fut foudroyant. Le lendemain à la même heure, le même homme guettait l’arrivée de sa princesse. Ruby avait attiré l’attention de quelqu’un qui n’était pas laid à ses yeux, mais assurément plus âgé qu’elle. Elle jouait de son regard envoutant, et cela marchait à merveille. Elle venait de le conquérir en quelques regards. Qu’est-ce que cela serait avec la parole ! Durant ses promenades, Ruby s’était dénichée un petit refuge dans un grenier oublié, telle une Cendrillon avant l’heure, remontant des livres et autres bibelots pour être plus à l’aise que dans sa collocation.

Enfin, le jour de son ovulation fut arrivé, ainsi qu’à ses amies de chambre. Elles furent réveillées tôt par un garde. Elles devaient se préparer à la salle d’eau pour se nettoyer, se pomponner et s’habiller. Pour les filles, c’était le moment tant attendu après des semaines d’abstinence. Elles étaient encore plus folles que d’habitude, à se demander quel parfum se vaporiser, si elles devraient porter leur robe préférée durant leurs 5 précieux jours, s’échangeant les bijoux et accessoires, et se partageant les rouges à lèvre. La salle de bain était inondée d’un brouhaha assourdissant. Ruby était bouche bée devant toutes ces jolies affaires, quoique très dépaysée. À la ferme, elle portait les mêmes vêtements durant des semaines. Aujourd’hui, elle n’avait jamais senti aussi bon. Ses pores étaient encore incrustées de l’odeur du fumier, mais ça la rassurait. Le savon dont elle venait de se frotter le corps lui suffisait. Les filles voulaient lui appliquer un soin du corps, puis lui vaporiser de l’eau de toilettes, mais elle ne trouvait pas utile d’ajouter quoique ce soit d’autre. Comme elle était incapable de se maquiller, les filles se sont occupées d’elle comme des sœurs. Elle était encore plus belle que ses premiers jours au château.

Quelques heures plus tard, le groupe de femmes était fin prêt au sacrifice. Elles furent accompagnées par les gardes dans la salle de bal. La salle était immensément… vide. Pas de banquet ni de chaises. Seulement des bancs pour les femmes nobles dans le public, et le trône du Roi. Elles se placèrent en ligne au milieu de la pièce, et attendirent. Quelques minutes plus tard, l’orchestre s’installa, et joua dès que les gens de la haute entrèrent. Les femmes s’installèrent dans les gradins en babillant. Les hommes apparurent enfin et s’alignèrent face aux ravissantes campagnardes. Enfin, le Roi fit son entrée par sa porte personnelle. Tous les regards étaient tournés vers lui, y compris celui de Ruby. Celle-ci, comme à son habitude, repérait la salle et écoutait le discours du Roi avec attention. Elle eut de la chance. Cette fois, c’était au tour des femmes de choisir leur homme. Elle avait déjà examiné tous les hommes face à elle, analysant leurs vêtements et leurs mimiques pour deviner leur personnalité. Et elle savait lequel choisir.
La phrase légendaire a raisonné dans la salle. "Choisissez votre partenaire." Toutes les femmes se sont avancées vers l’homme de la journée. Toutes, sauf une. Ruby. Une Opteuse commençait déjà faire quelques pas vers elle, mais Ruby bougea. Elle traversa l’immense salle de sa démarche gracieuse, faisant claquer ses petits talons sur le parquet ciré. Lorsqu’elle mis le pied sur le tapis royal, les gardes brandirent leur lance vers la jeune femme sans défense. Celle-ci s’immobilisa devant les pointes de fer. Le Roi dit alors : "Que faites vous ?" Ruby ne répondit pas. Elle savait qu’il lui fallait l’autorisation de parler. Le Roi reprit : "Pourquoi êtes-vous venue jusqu’à moi ? Répondez." Ruby dit tout simplement : "J’ai choisi." Le Roi éclata de rire, et le public ne tarda pas à faire de même exagérément. Mais Ruby était sérieuse. Elle regardait le Roi de ses yeux perçants. La salle se calma, et le Roi sourit. "Tu m’amuses. Et tu es très belle. Tu vas m’accompagner pour cette fois." Les couples furent accompagnés dans leur chambre. Seul au milieu de la salle, demeurait l’homme de la Tour.

Pour la première fois, un homme n’avait pas de partenaire. Ça, c’était l’œuvre de la petite Ruby, qui savait ce qu’elle voulait. Pourquoi choisir un pion lorsqu’on peut avoir le Roi ? La mort de la Reine étant récente, le Roi avait également besoin d’attention, et cela jouait en faveur du plan de Ruby.
Ruby avait entendu beaucoup de choses concernant la drague et l’amour grâce aux femmes "rescapées", mais elle ne les avait jamais mises en pratique. Elle attendait le bon, et elle l’avait enfin devant elle. Elle eut accès au lit royal dans lequel ils s’ébattirent pendant un court instant, car le Roi avait beaucoup à faire. Lorsque du sang se mit à couler. Le Roi vit ses draps rouges et comprit qu’il avait enlevé sa virginité à Ruby. Cette petite l’étonnait de plus en plus, et cela lui plaisait. Il se dit que c’était la seule fois qu’il s’autoriserait cet écart, mais le stress de ses affaires le fit revenir sur sa décision. Il demanda à ses gardes d’aller quérir la belle même hors période d’ovulation. Plus tard, il la sortait du jeu pour l’avoir pour lui seul, et l’installa dans des quartiers voisins aux siens. Si bien, qu’il put la voir quand il le voulait. Le plan de Ruby marchait merveilleusement bien. Elle avait dit au revoir à ses colocataires, qui n’étaient pas les seules à l’envier. Elle n’était cependant pas acceptée par la noblesse, car les femmes nobles étaient jalouses qu’une roturière puisse avoir le Roi. Elle ne pouvait toujours pas manger ni se balader avec eux. Elle s’est faite enfermée dans une tour dont seul le Roi avait la clef.

Au début, elle écoutait beaucoup le Roi, muette. Ensuite, elle glissait quelques phrases bien placées. Au bout d’un moment, elle eu l’autorisation de l’appeler par son prénom : il s’appelait Henri. Très vite après cela, elle avait des conversations intéressantes avec le Roi, qui l’écoutait avec passion. Ruby était aventureuse. Elle aimait se balader dans la nature, cueillir des plantes pour fabriquer des remèdes et des décorations, admirer les étoiles… Elle avait de l’intérêt pour tout, et avait un esprit très ouvert au monde.
Il fallut très longtemps pour que le Roi réalise enfin ce que Ruby lui glissait insidieusement dans la tête. Elle avait l’art de lui faire croire que ses propres idées provenaient de lui. Ainsi, grâce à elle indirectement, quelques règles furent ajoutées au jeu, notamment concernant la durée de résidence des femmes. Ruby voulait qu’elles restent moins longtemps dans ce satané château pour éviter les traumatismes. Elle a également réussi à ce que les mères voient, puis côtoient leurs enfants durant toute leur période hors ovulation. Plus tard, elle parvint à faire rentrer les femmes ainsi qu’un ou plusieurs enfants chez eux. Quelques chaumières qui longeaient la frontière riches-pauvres avaient même été rénovée afin d’améliorer la condition du peuple. Les nobles savaient que c’était cette Ruby qui contrôlait le Roi. Mais celui-ci s’était tellement éprit d’elle, qu’il leur ferait tous couper la tête s’il entendait ça.

Le temps passait, et Ruby avait déjà mis au monde 9 enfants. Ceux-ci étaient précieux pour le Roi, car ils assuraient sa descendance, même s’ils n’étaient que des bâtards. Lorsque leur fils aîné eut 16 ans, âge légal pour hériter du trône, Ruby tua le Roi, et proclama son fils le nouveau Roi. Les nobles commençaient à manifester, mais les prêtres prouvèrent que, sans mariage, le fils ne pouvait hériter du trône. Cela, Ruby ne le savait pas. Ruby, ses enfants et sa famille entière furent pendus pour trahison, comme les nobles le souhaitaient depuis longtemps. Un nouveau Roi fut élu et rétablit les règles de l’esclavage sexuel, balayant d’un revers de la main les chiffres prouvant la surpopulation du pays.